Lorsque l'obscurité mourante fera place à l'aube
solitaire, et que, de ton lit, tu étendras les bras vers ton
bébé, je te dirai : " Bébé n'est pas là. " Mère, je m'en vais
Je deviendrai un soufle d'air léger et je te carresserai ;
quand tu te baigneras, je serai les rides de l'eau et je te
couvrirai de baisers répétés.
Quand, part les nuits de tempète, la pluie clapote sur
les feuilles, tu entendras dans ton lit mes chuchotements
et soudain, avec l'éclair, mon rire franchira ta fenêtre et
éclatera dant ta chambre.
Si, toute au souvenir de ton bébé, tu ne peux
t'endormir que bien tard dans la nuit, alors je chanterai
du haut des étoiles : " Dors, Maman, dors "
Je me coulerai le long des rayons errants de la lune,
au-dessus de ton lit, et m'étendrai sur ta poitrine
pendant que tu dort.
Je me ferai rêve et, par le mince fente de tes
paupières, je me glisserai jusqu'au plus profond de ton
sommeil. Tu t'éveilleras tressaillante et, tandis que tu
regarderas autour de toi, je m'esquiverai au-dehors, en
un clin d'oeil, comme une luciole.
Lorsque à la grande fête de Puja, les enfants des
voisins viennent jouer autour de la maison, je me fondrai
dans la musique des flûtes et palpiterai dans ton coeur,
tout le long du jour.
Ma bonne tante arrivera, chargée de cadeaux de Puja,
et te dira : " Ma soeur, où est notre bébé ? " Maman, tu
lui répondras doucement : " Il est dans la prunelle de
mes yeux, il est dans mon corps, il est dans mon âme." .
de Rabindranath TAGORE
